«Guy Forget, pouviez-vous imaginer une telle issue dès le samedi ?
Non. Honnêtement, je ne pensais pas qu'on pouvait se retrouver à trois à zéro ce soir (samedi soir). Même dans mes rêves les plus fous, je n'aurais pu l'imaginer. Là , 3-0 dès le samedi soir, c'est un peu un hold-up. Il y a parfois des rencontres difficiles, des années pénibles. Là , ça prend une bonne tournure. Pourvu que ça dure. Quand on voit le niveau de l'équipe en face, on sait que les matches vont être difficiles, qu'on peut tous les perdre et qu'il n'y aura rien à dire. Pour autant, on a envie de jouer notre chance et on savait qu'en étant opportunistes, on pouvait les inquiéter. On gagne le premier match, c'était fabuleux. On gagne le deuxième match, waouh. Aujourd'hui, à 6-1, 6-2, 4-2, balle de break, Mika a raté un retour de revers. Je me disais que si cela se finissait 6-1, 6-2, 6-3, c'était juste irréel et ce serait trop beau que cela se termine comme ça. Puis cela fait 6-7 et 7-6, tout peut se produire. Mais les joueurs ont été tops. Je suis comblé.
Pouvez-vous évoquer l'état d'esprit de cette équipe ?
J'ai toujours dit qu'une campagne de Coupe Davis se gagne à plusieurs. Jo (Tsonga) et Richard (Gasquet) sont blessés et on a besoin des autres. Un jour, un gars réussit à faire gagner l'équipe, ce sera peut-être grâce à ce mec qu'on soulèvera le trophée en décembre. Il faut que tout le monde se sente concerné par rapport à cette aventure : Jérémy (Chardy), Paulo (Paul-Henri Mathieu), Jo (Tsonga), Richard (Gasquet) ou les quatre garçons qui sont là . Il faut qu'ils restent en contact. La communication est hyper importante dans un groupe. Il y avait un article sur Arsène Wenger dans L'Equipe Mag qui était très parlant. On en oublie parfois de passer des moments ensemble pour parler de la tactique ou des adversaires. Chacun a des anecdotes sur un adversaire et chacun apporte au groupe. C'est par ces moments intimes que l'équipe est forte. Je suis sûr que Richard et Jo ont vibré devant leur poste aujourd'hui.
«Voir les yeux de Gaël (Monfils) quand ils ont gagné le double, c'est magique, cela vaut tout l'or du monde.»
C'est la magie de la Coupe Davis.
C'est ce qui est beau dans l'aventure de la Coupe Davis. Notre sport est tellement individualiste et parfois insupportable avec des mecs qui se regardent parfois le nombril, qui ne pensent qu'à leur palmarès, à leur compte en banque et à leur petite image. Tout d'un coup, on communique avec les élus, avec les bénévoles, le public clermontois. Dans les vestiaires, je les vois s'asperger d'eau. C'est magique, on ne vit jamais ça dans les tournois. Ce sont ces moments-là que je veux vivre. Voir les yeux de Gaël quand ils ont gagné le double, c'est magique, cela vaut tout l'or du monde.
Quelle est la potion magique de cette équipe de France ?
Il n'y a pas de potion magique. Le sport n'est pas une science exacte. Il y a des garçons qui travaillent dur tout au long de l'année pour essayer d'être le plus performant possible. Puis tout se fait avec les tripes, avec l'inspiration du moment. C'est une alchimie difficile à trouver, un équilibre très fragile. On le voit avec les blessures des uns et des autres. Il faut aussi de la chance parfois. Il faut aussi la provoquer. Il faut que chacun soit assez intelligent à un moment donné pour rester à sa place, pour être tolérant, pour accepter les coups de gueule des uns et des autres, les règles du capitaine, de la vie d'équipe, les petits conflits personnels. Et puis, parfois cela sourit quand tout s'emboîte en même temps. J'ai eu depuis vingt ans l'occasion de vivre quelques épopées merveilleuses. Je crois qu'aujourd'hui ce groupe est en train de montrer son véritable potentiel. Il y a deux ou trois ans, il n'était pas prêt. Les joueurs n'étaient pas assez mûrs, pas assez forts. Aujourd'hui, ils ont répondu présent au rendez-vous, avec en plus un Jo-Wilfried Tsonga qui n'était pas là . J'espère que cela va leur donner envie de mettre les bouchées doubles, d'arriver en septembre tous en forme, avec un peu de réussite pour être épargnés par les blessures. Avec un état d'esprit comme celui qu'ils ont montré ici, ils peuvent battre soit les Russes, soit les Argentins pour aller en finale.» - Recueilli par S.D., à Clermont-Ferrand