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Le 08/03/2010 à 21:00 | Mis à jour le 09/03/2010 à 10:08
 

Rugby-Tournoi

«Notre enthousiasme me fait peur»

A quelques jours de retrouver l'Italie, Thierry Dusautoir ne cache pas sa peur de voir les Bleus contaminés par un certain enthousiasme collectif. Dans un entretien exclusif, le capitaine tricolore admet que la France n'est pas encore une grande équipe...
Thierry Dusautoir, capitaine du XV de France.(EQ)
Thierry Dusautoir, capitaine du XV de France.(EQ)

«Thierry Dusautoir, comment l'équipe de France aborde cette rencontre face à l'Italie ?
C'est un gros défi qui nous attend. Après, j'ai un peu peur. Je ne sais pas comment on va gérer ce match. On a la possibilié de gagner le Grand Chelem, tout est beau. Mais il reste beaucoup de travail. Combien de fois il nous est arrivé de tomber de haut ?

Sur quelle impression restez-vous après votre succès sur le pays de Galles (26-20) ?
En première période, je n'arrive pas à gérer tout le monde, les situations importantes. Je ne pouvais pas aller voir chacun pour dire "tu te calmes". Malgré mon sentiment, on marque un essai sur interception avec François (Trinh-Duc). Mais je sens l'équipe sortir du match. A la mi-temps, je prends la parole avec autorité, je dis à tout le monde de se calmer. Et j'ai demandé à Marc de rajouter une couche pour les calmer. Je sentais que c'était n'importe quoi.

«On devient une grande équipe quand on a de la constance et quand on gagne des titres. Aujourd'hui, on a ni l'un ni l'autre»

Comment expliquez-vous cette seconde période des Bleus face aux Gallois ?
Je pense que le groupe manque encore de maturité. Ça ne vient pas uniquement des jeunes joueurs. Les Anglo-Saxons montrent beaucoup plus de sang froid. C'est une frustration de ne pas arriver à trouver ce sang froid. Malheureusement, on a encore du mal à rentrer sur le terrain pour faire le travail jusqu'au bout. Dès qu'on voit qu'on dompte notre adversaire, qu'il est faible ou sorti du match, on sort inconsciemment de la rencontre. On devient une grande équipe quand on a de la constance et quand on gagne des titres. Aujourd'hui, on a ni l'un ni l'autre.

Il y a malgré tout des motifs de satisfaction...
On aurait pu craquer sous la furia rouge. Mentalement, on affiche une solidarité positive. C'est plus facile d'aller chercher ce qui n'a pas marché parce qu'on s'est imposé. En cas de défaite, cela aurait été une catastrophe, on aurait une pression énorme. Même si on est critiqué, ce n'est pas grave. Au contraire, ça va nous permettre d'être encore plus exigeant. L'équipe de France a besoin de montrer une face victorieuse.

Dans quel secteur l'équipe doit-elle encore progresser ?
Le plus difficile, c'est de parvenir à maintenir notre curseur d'exigence au bon niveau. On peut arriver avec un manque de confiance flagrant face aux nations du Sud et avoir perdu le match dès la sortie du vestiaire ou on a trop confiance et on perd parce qu'on se voit déjà arrivé. J'aimerais que notre attitude soit différente. Malheureusement, notre dernier match montre bien qu'on est sérieux 25 minutes et sur le reste, on papillonne complètement.

«L'équipe n'a pas conscience du cheminement qu'il lui reste à faire pour trouver cette stabilité. C'est ce qui est dangereux. Je dois ''piquer'' les gars»

On vous sent particulièrement prudent, presque inquiet...
L'équipe n'a pas forcément conscience du cheminement qu'il lui reste à faire pour trouver cette stabilité. C'est ce qui est dangereux. On peut dire "ça n'arrivera plus" mais si tu n'as pas identifié les problèmes, on sera toujours sous la menace de ces errances. C'est mon rôle de piquer les gars et de remettre assez de doute pour que le groupe s'investisse encore plus et se dise "qu'est ce qui se passe?". Ils savent que que je suis chiant, exigeant mais en général, ils savent aussi que je dis les choses avec objectivité.

«Notre pack est monstrueux»

Marc Lièvremont considère que le XV de France est désormais tout terrain...
On s'adapte parce qu'on a un pack qui nous le permet. Je suis plutôt prudent en ce qui concerne les louanges mais je n'ai pas peur de le dire : on a un cinq de devant mondial. Le paquet est monstrueux. Il a arrêté d'utiliser sa force pure, il est moins bête. On avait tendance à trop vite s'enflammer quand on dominait nos adversaires. Et puis on s'est rendu compte que quand on perdait le match, on était ridicule.

La dernière journée du Top 14 peut-elle constituer une rupture dans la dynamique du groupe ?
Je ne pense pas que les joueurs aient décroché du Tournoi. En revanche, j'ai peur que l'on soit contaminé par cet enthousiasme collectif. Pour gagner des matches, donner le maximum, il faut avoir une certaine sérénité mais aussi de la peur, du respect de l'adversaire. Si on manque de respect aux Italiens, on le paiera cher.»

Entretien réalisé par Vincent PERE-LAHAILLE

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DUSAUTOIR Thierry (FRA) Poste: 3e ligne
Club: Toulouse
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