L'équipe de France n'a pas attendu de voir le XV de la Rose se faire piquer par l'Irlande (20-16) pour évoquer la quête d'un Grand Chelem. Bien avant le début du Tournoi, tous les protégés de Marc Lièvremont assumaient déjà ce désir de conquête dans le VI Nations. Dernière équipe invaincue après trois journées, la France doit encore éviter le match piège face à l'Italie et oublier le désastre de l'an passé contre l'Angleterre (34-10). Si l'euphorie s'est invitée dans le vestiaire des Bleus à la mi-temps du match contre les Gallois, la deuxième période, «triste en terme de construction offensive», a vite écarté tout sentiment d'auto-satisfaction. «Il y a un gros bémol sur notre prestation, concède ainsi Marc Lièvremont. On n'a pas maîtrisé grand-chose. Il y a encore beaucoup à redire sur la qualité de notre rugby...»
De l'aveu du sélectionneur, ses joueurs étaient installés dans un certain confort depuis le début de la semaine. Heureusement, les blessures de Benjamin Fall et Pascal Papé ont saupoudré un brin de gravité dans les couloirs de Marcoussis pour maintenir le groupe sous pression. La première période du Millennium a pourtant rappelé que les Français pouvaient succomber à une certaine forme d'assurance. «On l'avait senti en récupérant à la mi-temps des joueurs dans un état bizarre, révèle Lièvremont. Titi (Dusautoir) me disant : "calme-les, c'est du grand n'importe quoi". Après l'essai de François Trinh-Duc, on avait senti des approximations sur des choses simples. On a lâché les joueurs avec énormément d'appréhension...» Comme il le fait depuis le début de la compétition, le staff tricolore va donc conserver une forte intensité lors des entraînements pour échapper à tout dilettantisme.
«On arrive à trouver une alchimie entre cette rigueur de nos fondamentaux, cette intelligence, ce pragmatisme et aussi notre jeu créatif»
En enchaînant une troisième victoire consécutive inédite depuis l'intronisation de Marc Lièvremont à la tête des Bleus, le XV du Coq a confirmé la grande variété de son jeu. «On arrive à trouver une alchimie entre cette rigueur de nos fondamentaux, cette intelligence, ce pragmatisme et aussi notre jeu créatif, souligne l'entraîneur national. Je n'ai vraiment pas le sentiment que l'on joue un rugby stérile. On est persuadé que le groupe a une marge de progression conséquente.» Convaincu d'avoir un groupe tout terrain, Lièvremont sait surtout que son équipe peut «s'adapter au jeu pragmatique des Sud-Africains tout en conservant le potentiel et la mobilité pour rivaliser avec le jeu gallois.» A la fois imprévisible, capable de jouer devant, derrière avec un gros rideau défensif, l'équipe de France est ainsi devenue «difficile à manoeuvrer». Un nouveau statut qui pourrait bien lui offrir un Grand Chelem espéré depuis 2004.
Vincent PERE-LAHAILLE, Ã Cardiff

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