Le XV de France n'est donc plus pourchassé par ces superstitions des âmes simples. Après plus de deux ans de quête, les Bleus peuvent enfin s'enorgueillir d'un troisième succès consécutif - inédit - sous la gouvernance de Marc Lièvremont grâce à leur victoire sur le pays de Galles (26-20). «C'est dans la difficulté que naissent les grandes équipes», rappelait le sélectionneur la veille du match. En survivant au brouhaha du Millennium qui ouvre si souvent les portes de toutes les folies, les Français ont confirmé qu'ils sont désormais assez mâtures pour décrocher le Grand Chelem. Après l'incipit de Murrayfield (18-9), ce deuxième déplacement, préparé au son des ambulances de Marcoussis (Benjamin Fall et Pascal Papé ont dû déclarer forfait dans la semaine), a un peu plus souligné la marge de progression des Tricolores dont la variété dans le jeu les rend aujourd'hui si vaillants.
Toujours aussi solides en mêlée fermée, les avants de Didier Retière ont surtout révisé leurs lacunes en touche pour agresser les Gallois en conquête. Les Bleus ont pesé sur chaque contact pour briser les intentions du XV du Poireau. Le scénario du début du match, débridé et rythmé, avait tout pour sublimer le jeu désordonné et imprévisible des protégés de Warren Gatland. Ce sont pourtant les Français, avec Alexis Palisson en filou de l'interception sur une sautée de James Hook, qui ont brillé par leur instinct (7-0, 7e). Soucieux de maintenir leurs adversaires dans le rouge, Morgan Parra et Clément Poitrenaud ont quant à eux fidélisé ce jeu au pied de pression élaboré dans leur retraite de Bellejame (20-0 à la pause).
En inscrivant le 50e essai de sa carrière, Shane Williams est devenu le meilleur marqueur de l'histoire du pays de Galles.
Contre n'importe quelle équipe gagnée par la raison, l'avance des Bleus aurait alors précipité leurs vis-à -vis au rang de faire-valoir. Mais pas les Gallois ! Non, ces hommes rouges, eux, ne vivent qu'au travers de fin de matches haletantes. Des lumières scintillantes plein la tête et les choeurs du Millennium en écharpe, les Grands Chelemards de 2008 ont ressuscité dès la reprise les courses fossilisées sur le pré de l'Arm's Park de Gareth Edwards et Barry John. Déchaîné durant la seconde période, le XV du Poireau a délaissé ses exercices de contemplation du premier acte pour un arsenal d'attaque en bout de ligne avec Leigh Halphpenny, auteur d'un essai à la 63e minute, et des percées plein axe de James Hook trahies par d'incompréhensibles maladresses. De quoi initier un sacré désordre chez nos Bleus suspendus aux médications de leur nouveau thérapeute, François Peltier (coach mental), pour éviter de céder à la panique.
A la 63e minute de jeu, Morgan Parra reçoit un carton jaune dans la confusion la plus totale. Pendant dix minutes, les Bleus vont alors subir les assauts gallois.
Retenus captifs dans leur moitié de terrain, les Français ont réussi là où les Ecossais ont échoué il y a deux semaines en s'inclinant sur un dernier cad'deb de Shane Williams. Le meilleur marqueur de l'histoire du pays de Galles a bien réédité un exploit (78e) mais son âme vagabonde n'aura pas suffi. «Tout ce que la vie exige de l'homme se trouve en ordre dans une équipe de rugby», écrivait Kléber Haedens. Les supporters du XV de France peuvent aller célébrer les noces de cette victoire à St Mary Street. Ce soir, même effleuré par une douce agonie, le XV de France a démontré qu'il avait tout d'une grande équipe.
Vincent PERE-LAHAILLE, Ã Cardiff
Juste avant la pause, Shane Williams relance depuis ses 22. L'ailier gallois veut passer après contact, c'est la passe de trop. François Trinh-Duc intercepte et met les cannes sur vingt mètres pour inscrire le deuxième essai français (0-18)

Pour Alain Penaud, les Brivistes, tombeurs de Perpignan et Toulon, peuvent réaliser de...
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