En quelques jours, la donne a changé à Bordeaux. Et la victoire à Paris (2-1), pourrait avoir amorcé la métamorphose d'une équipe girondine, qui s'est passée d'entrée de jeu de Yoann Gourcuff, sur le banc de touche, et Fernando Cavenaghi, resté à la maison ! Sept jours plus tard, les deux cracks ont pris la poudre d'escampette. Mais à la veille de recevoir l'OM, les Bordelais restent sereins. « Gourcuff était notre leader technique et Cavenaghi notre buteur, mais de bons joueurs sont arrivés, relativise le Brésilien Fernando Menegazzo. Les nouveaux ont envie d'impressionner l'entraîneur pour gagner leur place, les autres seront peut-être plus libérés. » Bordeaux peut-il se passer de Gourcuff ? Visiblement, oui. « Yoann est un joueur de grande qualité, mais il est parti, reprend Yoan Gouffran. Je pense que certains peuvent évoluer à son poste (Plasil, Jussiê, Ben Khalfallah, NDLR), et si l'on change de tactique (4-4-2 en losange ?), amener un plus. On ne va pas rester dans le passé, il faut avancer. »
Loin de connaître une révolution, ce qui n'est pas le style de la maison, le collectif aquitain va évoluer. Les départs conjugués de Chamakh, Gourcuff et donc « Cavegol » offrent donc une réelle chance aux Maazou, Modeste et Ben Khalfallah de se faire une place, voire aux Bellion, Gouffran ou Jussiê, de s'affirmer une bonne fois pour toutes aux avant-postes. Enfin pourrait-on dire, car avec deux buts inscrits en trois matches (et deux défaites), le bilan est trop maigre pour une attaque girondine pourtant considérée comme l'une des plus dangereuses sur le papier. « On joue beaucoup au ballon, mais on attend trop des coups de pied arrêtés, explique Gouffran. Il faut créer un peu plus, car on n'a tout simplement n'a pas assez d'occasions. Vu nos joueurs, on peut faire beaucoup mieux offensivement, sachant que les nouveaux vont amener de la fraîcheur. »
Les Marine et Blanc doivent désormais repartir sur de nouvelles bases, des fondations que Jean Tigana, en attente de « confirmation » après le succès parisien, s'efforce de consolider. « Je ne suis pas habitué à me prendre la tête (...). J'ai un groupe, j'en suis content, et je vais essayer d'en tirer le maximum, prévient le technicien. Il y a du potentiel, à nous d'en être convaincus et de le démontrer à tous les matches. » Soit une positive attitude de façade, pour un bâtisseur contraint de faire avec ce qu'on lui donne. C'est-à -dire peu, ou pas assez au départ. « Ce n'est pas quelque chose que je découvre. On m'a prévenu avant que je signe mon contrat, et j'ai accepté. » Et quand la « remise en question » peine à masquer la résignation, on fait contre mauvaise fortune bon coeur au Haillan. Stratégie de communication ou affirmation sincère ? « Je ne vais pas me plaindre car il y a d'autres entraîneurs qui n'ont pas les moyens de remplacer les joueurs qu'on leur prend. Moi, je recrute et je suis toujours content... Et je pense que là , mon groupe est compétitif. » Une page se tourne à Bordeaux, mais le chapitre n'est pas pour autant définitivement clos. - Laurent BRUN, à Bordeaux.