«J'ai du mal à me dire que c'est fini. Sa disparition a été brutale. La dernière fois que je l'ai vu, il était fatigué mais normal. Comme quand il était coureur, quand il n'était pas bien, ça ne se voyait pas forcément. Et, ça, c'est une marque de champion. Laurent savait bluffer. Mais il était sans doute conscient de la situation. Il a tout tenté. Il fallait être fort moralement et je sais qu'il l'a été. Il a essayé de combattre la maladie mais c'est une course qu'il a perdu.
Le premier souvenir que je garderai de Laurent, c'est celui de quelqu'un qui s'est battu jusqu'au bout. Laurent était présent sur le dernier Tour de France. Il avait voulu tenir son rôle de consultant et tout le monde y avait été favorable. Ça l'avait sorti du rythme imposé par sa maladie. Et il a très bien fait son travail. Laurent a été courageux. C'est une qualité qu'il a toujours eu.
Je dirai aussi que c'était quelqu'un de très franc. Quand il voulait dire quelque chose, il n'employait pas cinquante milles mots que tu ne comprenais pas. S'il voulait te dire que tu étais un c..., il te le disait. Laurent n'a jamais été attiré par les médias. C'est quelqu'un qui n'aimait pas spécialement la foule. Mais il avait de l'amitié pour les gens même s'il n'était pas démonstratif. C'était quelqu'un que tu avais besoin de connaître.
Pendant des années, nous avons été adversaires. Donc on ne se voyait pas vraiment, on ne se connaissait pas. Nous n'avons jamais été dans la même équipe. C'était «bonjour-bonsoir», à la rigueur un peu plus si on était tous les deux sélectionnés en équipe de France pour les Mondiaux. Mais sinon c'était tendu. En 1987, j'aurai pu gagner le Tour de France. Pour lui, c'était un moment charnière. Puis on a été consultants tous les deux. On a bossé ensemble sur deux Tours. Et je l'ai découvert sous un autre angle.
Quand Laurent était coureur, il avait une image d'intellectuel. J'ai revu récemment une interview de lui qui datait d'une dizaine d'années. Il disait : «On dit que je suis bac + 6, en fait, oui, c'est ça... Je suis bac plus six mois !» Tout le monde pensait qu'il avait fait HEC, il y avait son look... Laurent est arrivé chez les pros avec Vincent Barterau, Pascal Jules... Avant, il n'y avait que Bernard Hinault, qui était un peu peinard. Eux étaient jeunes, insolents. Ils ont bousculé les traditions.
Ensuite Laurent a été un très bon consultant. Quand il taclait quelqu'un, il expliquait pourquoi. Ce n'était jamais gratuit. Son rêve, c'était de voir un Français gagner le Tour de France dans les prochaines années. On a vu qu'il avait été enthousiaste quand il y a eu des victoires françaises sur le Tour cet été. Le Tour de France, ça faisait partie de sa vie. Qu'il disparaisse à 50 ans, ça fait ch... C'est un peu injuste.»

Pour gagner dans les prairies de l'Essex en août, sur un parcours olympique atypique,...