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Le 21/07/2010 à 23:42 | Mis à jour le 22/07/2010 à 00:08

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Le poids des retraites

Le glorieux passé d'une génération dorée est souvent un lourd à héritage pour les plus jeunes. L'empressement à retrouver le faste d'antan pousse trop souvent à s'enflammer et à voir trop vite de jeunes espoirs comme les futures stars de demain, sans les laisser grandir.
A 15 ans, Simon Gauzy est devenu l'an dernier le premier Français, champion d'Europe cadets et semble promis à un bel avenir. (Photos : C. Sogorb/FFTT et R. Gros / with ITTF Courtesy. (DR)
A 15 ans, Simon Gauzy est devenu l'an dernier le premier Français, champion d'Europe cadets et semble promis à un bel avenir. (Photos : C. Sogorb/FFTT et R. Gros / with ITTF Courtesy. (DR)

Si vous êtes en vacances du côté d'Istanbul et qu'au détour d'une visite vous entendez retentir une Marseillaise, ne soyez pas étonnés. Vous êtes sûrement proches de la salle où se disputent les Championnats d'Europe jeunes (CEJ) de tennis de table. Cette semaine, les juniors Romain Lorentz, Simon Gauzy, Quentin Robinot et Thomas Le Breton, et les cadets Tristan Flore, Alexandre Robinot, Andréa Landrieu et Enzo Angles, ont confirmé la suprématie française sur la jeunesse pongiste du Vieux continent. Et cela fait trois ans que ça dure. Les Bleuets sont actuellement intouchables, « les Chinois de l'Europe », commentait même le coach hongrois à l'issue de la finale cadets.

De quoi raviver les souvenirs d'un ping tricolore au sommet à la fin des années 90 et au début des années 2000. Un ping tricolore capable de lutter avec les Chinois, grâce à cette « Dream Team » constituée de Jean-Philippe Gatien, Patick Chila, Damien Eloi et Christophe Legoût, évidemment baptisés Les Mousquetaires. C'était l'époque où Gatien participait même à Fort Boyard en guest star. C'est pour dire !

Parmi les nouveaux champions d'Europe jeunes, certains n'étaient même pas nés quand « Philou » Gatien devenait champion du monde (1993) ou disputait sa finale olympique à Barcelone (1992). Pas plus quand les Bleus remportaient leur premier titre européen par équipes, en 1994. Ils sont le fruit d'un gros travail de détection mené par Jean-Denis Constant, puis de formation sous la houlette de Patrick Birocheau, Michel Blondel et des cadres techniques nationaux dont Jacques Mommessin pour les juniors et Thierry Priou pour les cadets, là-bas, au premier étage du centre Jean Letessier, tout au fond de l'Insep, dans le bois de Vincennes.

« Paradoxalement le succès de l'ancienne génération avait fini par être un frein, commente le DTN Michel Gadal. A l'époque où les Mousquetaires gagnaient beaucoup, nous aurions dû déjà investir sur la formation. Au lieu de ça, nous avons fait comme si cela allait durer tout le temps. Il a ensuite fallu imposer une nouvelle stratégie. Aujourd'hui, elle est validée et prise en exemple grâce aux résultats. Mais cela n'a pas toujours été le cas, il a fallu du temps. Les gens s'imaginent que deux ou trois recettes suffisent pour avoir des champions. »

Maudits journalistes !

Le problème, c'est que ces maudits journalistes ne peuvent s'empêcher de comparer les générations. Quel que soit le sport, ces mêmes journalistes s'empressent aussi de qualifier de « nouveau untel » (Gatien en l'occurrence pour le ping), le premier jeune qui aligne deux ou trois bons résultats. J'anticipe tout de suite sur certains commentaires : j'en fais partie.

« Suiveur » du tennis de table à L'Equipe pendant plusieurs années, le papier de présentation des Championnats de France avait chaque année des allures de marronnier sur le thème « les jeunes vont-ils enfin dominer les Mousquetaires ? » Et chaque année, la réponse était la même : pas encore pour cette année. Avec treize titres pour Gatien, quatre pour Chila, deux pour Legoût et un pour Eloi, les Mousquetaires, il est vrai, n'ont pas été très partageurs. Sans faire injure à Sébastien Jover, sacré en 2006 mais qui, à 31 ans, marquait plus une rupture qu'une relève, c'est finalement Emmanuel Lebesson, en 2009, qui allait débloquer le compteur de la nouvelle génération.

Lebesson, l'ancien Rémois Abdel-Kader Salifou et Adrien Mattenet (en photo), trois jeunes hommes de 20 à 22 ans, lancés dans le grand bain mondial depuis quelques mois, aux côtés de Legoût, dans le rôle du grand frère. La comparaison avec les anciens, Mattenet (89e mondial) dit l'avoir bien vécue et même s'en être servi comme source de motivation. Pas forcément stressante ou inhibitrice mais bien présente. « Quand on a fini 19e des Mondiaux en mai dernier à Moscou, j'avais honte, confie-t-il. Honte pour la France et son passé. Honte par rapport à Chris qui a connu tant de succès. Mais il faut aussi se rappeler que les Mousquetaires avaient fini 20e d'un Mondial avant d'entrer dans le top 5 mondial. Il faut nous laisser le temps de nous installer. Ne nous demandez pas d'être champions d'Europe maintenant. »

« LA COMPARAISON EST UN RACCOURCI. JACQUES (SECRETIN) OU MOI AVONS MARQUE LES ESPRITS. MAIS CHAQUE EPOQUE EST DIFFERENTE. » Jean-Philippe Gatien

Le temps. Un véritable luxe à une époque où l'on veut souvent tout et tout de suite, avec à l'affût les donneurs de leçons et les "yaka" prêts à envoyer les scuds et les tacles si la disette dure un peu trop longtemps (là aussi, cela vaut pour toutes les disciplines). « J'avais dit en 2002 qu'il nous faudrait dix ans pour reconstruire, rappelle le DTN. On ne sera pas loin du compte avec espérons-le des résultats dès 2012. Ensuite, l'olympiade 2012-2016 devrait être française. »

Devenu l'an dernier le premier pongiste tricolore champion d'Europe cadets en individuel, Simon Gauzy n'échappe évidemment pas à cet empressement. Beaucoup l'imaginent déjà au sommet. Prématuré bien évidemment pour un ado de 15 ans. Prématuré mais forcément tentant pour celui que l'on surnomme déjà le - devinez, c'est facile-... « nouveau Gatien ». « La comparaison est un raccourci, tempère Gatien. Jacques (Secrétin) ou moi avons marqué les esprits. Mais chaque époque est différente. Néanmoins, les jeunes sont là avec beaucoup de talent, ils sont bien entourés. Gagner les CEJ, c'est bien ok mais ce ne doit être qu'une étape. Il ne faut pas s'endormir, et aller à nouveau chercher des podiums européens, mondiaux et même olympiques chez les seniors. Il y a de belles pages à écrire pour dans un sport comme le tennis de table où il existe ces valeurs que les amateurs de sport ont envie de retrouver. »

PASCAL GREGOIRE-BOUTREAU
(Twitter : @pgb51)

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L'EXPERT

Pascal Grégoire-Boutreau

Pascal Grégoire-Boutreau est grand reporter à L'Equipe depuis 1998. Triathlète et pratiquant de trails, raids, etc, il a couvert depuis dix ans de très nombreux sports.
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