Karine Ruby c'était un sourire. Des yeux azur, un visage rayonnant, de longs cheveux blonds. Le grand public l'a découverte le 10 février 1998, aux Jeux Olympiques de Nagano. Le snowboard y fêtait son entrée aux JO, la jeune Française de vingt ans était sacrée championne olympique de géant. Sacrée championne que ce petit bout de femme d'un mètre soixante cinq. Favorite de l'épreuve, elle ne fut pas perturbée par les chutes de neige, les bourrasques ou les reports et s'imposa avec deux secondes d'avance sur ses dauphines.
Aujourd'hui, alors que le géant parallèle qui a remplacé le géant tout court se déroule à Cypress Mountain, Karine Ruby ne sera pas là pour découvrir le visage de la nouvelle championne olympique. Apprentie guide de haute montagne, elle s'est tuée en chutant dans une crevasse en mai dernier dans le massif du Mont-Blanc. Douze ans de carrière au plus haut niveau pour devenir la plus grande snowboardeuse de tous les temps, trois années seulement pour assouvir sa passion des grands espaces. Karine Ruby a tout fait très vite.
Précurseurs, ses parents l'ont mise sur une planche de surf dès ses onze ans, à une époque où le snowboard n'était encore ni mode, ni phénomène de société. La petite se révèle rapidement extrêmement douée, remportant dès ses seize ans une épreuve de Coupe du monde et dès ses dix-huit ans le premier de ses six gros Globes de cristal. Victime du blues post olympique après son triomphe japonais, Karine Ruby se relance en remettant complètement en cause sa technique. Elle change d'entraîneur, de méthode et retrouve l'envie de se dépasser à temps pour les Jeux de Salt Lake City en 2002. Grippée, elle décroche tout de même la médaille d'argent du géant parallèle derrière sa compatriote Isabelle Blanc et pense une première fois à raccrocher.
Mais l'admission du snowboardcross au programme olympique lui offre un nouveau challenge. Disputer ses troisièmes Jeux dans cette nouvelle discipline devient son objectif. «J'ai l'image de quelqu'un de très dur, disait-elle souvent, car je suis hyper volontaire. Je n'aime pas me faire marcher dessus.» Freinée par deux graves blessures en 2004 (genou) et 2005 (fracture des vertèbres dorsales), Karine Ruby participe bien aux Jeux de Turin mais ne peut faire mieux que seizième en boarder.
Il est alors temps de tourner la page sport de haut niveau. «Je suis contente d'arrêter, expliquait-elle en mars 2006. Heureuse de changer de vie, de passer à autre chose. J'adore mon sport mais je vais dorénavant le pratiquer, le vivre en dehors des piquets. En freerideuse, en totale liberté. Il y a tellement de belles choses qui m'attendent, tellement de choses à découvrir.» La jeune femme d'Argentières, au bout de la vallée de Chamonix, rêvait de devenir comme son frère aîné Jérôme, guide de haute montagne. Pour cela, elle avait entamé une formation à l'école nationale de ski et d'alpinisme (ENSA). Le 29 mai 2009, lors d'une sortie avec deux clients sur le glacier du Géant, à 3300m d'altitude, sa cordée tombait dans une crevasse provoquant le décès des trois alpinistes.
«Tu entretenais avec la montagne une relation fusionnelle, dira sa maman Claude lors des obsèques de sa fille. Comme toute passion dévorante, elle t'a avalée.» A trente et un ans, seulement.
Sylvie JOSSE
Retrouvez tous les jours une chronique consacrée à l'actualité olympique.

Prudent au moment d'aborder l'étape de Wengen, Alexis Pinturault en repart avec un peu...