En 1960, les Jeux ont lieu à Squaw Valley en Californie. L'expression «au milieu de nulle part» semble avoir été inventée pour qualifier cette station créée de toutes pièces par un seul homme : Alexander Crushing. Lorsqu'il décroche l'organisation des Jeux cinq ans avant leur tenue, la ville n'existe pas, Crushing est l'unique habitant et propriétaire de l'endroit situé à 300km de San Francisco. Jean Vuarnet ignorait peut-être l'anecdote au moment de prendre part à ces Jeux mais le parallèle avec le petit Français qui, quelques années plus tard, créera la station d'Avoriaz puis le domaine skiable des Portes du Soleil, semble évident.
Vuarnet est un précurseur. Il le prouvera à la fin de sa carrière en développant rapidement sa marque de lunettes, aujourd'hui mondialement connue. Il le prouve lors de ces Jeux Olympiques, les premiers et les derniers qu'il dispute. Né à Tunis où son père médecin était en stage pour quelques mois avant de revenir à Morzine, Jean Vuarnet se passionne rapidement pour le ski. Papa sent vite que la passion du petit peut nuire à ses études et l'envoie en pension à Paris jusqu'au bac. Jean revient donc à la compétition par l'intermédiaire du sport universitaire. «A l'époque, raconte-t-il, tout était difficile : imaginez que pour simplement avoir des skis, c'était toute une histoire ! Et il fallait tout faire, la préparation, l'entretien. C'est sans doute ce qui m'a accroché, ce défi permanent. Et c'est comme cela que je suis devenu l'un des piliers de l'équipe de France».
«En ski, on a toujours recherché l'aérodynamisme, la vitesse. C'est tout simplement dans ce but que j'ai trouvé cette position qui est parfaitement adaptée à ma physionomie. C'est une démarche à la fois instinctive et intellectuelle»
A vingt-huit ans, deux ans après son bronze mondial en descente, Jean Vuarnet se présente donc à Squaw Valley. Avec deux atouts techniques de choix. Ses skis métalliques, des "Rossignol Allais 60" qui préfigurent le ski moderne mais qui n'ont jamais été utilisés à ce niveau de compétition. Et un travail inédit sur l'aérodynamisme qui l'a amené à inventer la position dite de l'oeuf ou de recherche de vitesse, qui consiste à descendre le bassin le plus bas possible tout en gardant les bras collés au corps. «En ski, on a toujours recherché l'aérodynamisme, la vitesse. C'est tout simplement dans ce but que j'ai trouvé cette position qui est parfaitement adaptée à ma physionomie. C'est une démarche à la fois instinctive et intellectuelle». Dans les huit cents derniers mètres de cette descente olympique, Jean Vuarnet parvient à conserver cette position. Le titre olympique est au bout. C'était le 22 février 1960, il y a tout juste cinquante ans.
Morzine-Avoriaz a décidé de fêter cet anniversaire. Ce soir, une statue de l'enfant du pays le représentant en position de l'oeuf sera dévoilée et une reconstitution du podium de 1960 organisée : Jean Vuarnet, l'Allemand Hans-Peter Lanig et Guy Périllat recevront une médaille de la part d'Emile Allais, le premier médaillé français de l'histoire en ski alpin, qui fêtera trois jours plus tard ses 98 ans ! «La vie, c'est ce que l'on en fait, a coutume de dire Jean Vuarnet dont la propre existence a été bien remplie. Prenez un oeuf justement : vous pouvez le casser par terre ou en faire un plat délicieux. C'est à vous de choisir ; la vie c'est comme ça ! » De la philosophie de l'oeuf.
Sylvie JOSSE
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